L’interview de Nicolas, fondateur d’EasyMovie

Créée en 2013, EasyMovie est une start-up française permettant aux entreprises d’industrialiser leur production de vidéos en s’appuyant sur leurs collaborateurs. Depuis sa création, la scaleup n’a cessé de grandir et jouit d’ambitions toujours plus élevées. Nicolas, Président fondateur d’EasyMovie, vous en dit plus dans cet article. 

 

Qu’est-ce qu’EasyMovie ?

Pour définir EasyMovie il faut partir de la vision qui nous anime : nous sommes convaincus que d’ici 5 à 10 ans, la majorité des collaborateurs des entreprises feront des vidéos au quotidien, dans le cadre de leurs missions. De la même manière que PowerPoint a permis à tout le monde de faire des présentations dès que le besoin s’en ressent, notre ambition est de permettre à l’ensemble des collaborateurs d’une entreprise d’utiliser la vidéo comme un moyen « classique » de communication, comme un outil du quotidien. EasyMovie c’est une technologie qui a pour vocation de permettre à tous les employés d’une entreprise de communiquer en vidéo.

 

Quel parcours as-tu suivi pour en arriver là ?

Rien de très linéaire, j’ai fait un DEA de Philosophie, l’équivalent d’un Master aujourd’hui. J’avais un background dans les médias — pendant et après mes études j’ai travaillé dans ce secteur — mais j’ai rapidement souhaité entreprendre. Au final, je n’ai jamais eu de CDI de ma vie. Au bout d’un an j’ai monté une première agence, très portée sur le print puisque mes premières amours, c’était l’écrit — j’avais une culture de la presse écrite. Au début j’étais très tourné sur ce support tout en me rendant compte que les entreprises allaient devenir leurs propres médias, et que la place des médias dans la société allait beaucoup évoluer et pas forcément dans un sens qui m’intéressait. J’ai donc monté une deuxième agence, Voxmedia, dans les années 2008-2009, plus portée sur la création de sites web, sur le contenu… Rapidement dans les années 2010-2011, on s’est dit qu’il fallait se recentrer sur les médias sociaux et sur la vidéo, puisqu’on constatait qu’il y avait là une intersection intéressante. EasyMovie est née dans ce contexte. L’émergence du smartphone et les connexions internet toujours plus puissantes ont rendu possible le fait de faire faire des vidéos à un très grand nombre. On a de plus en plus travaillé sur la façon de normaliser l’utilisation de la vidéo dans les entreprises et dans les usages du quotidien. EasyMovie c’était la énième tentative d’aller sur un produit en partant du service.

 

L’idée d’EasyMovie est partie de la volonté de trouver un nouveau besoin de communication, mais pourquoi avoir spécifiquement choisi le canal de la vidéo ? Pourquoi avoir pensé que la stratégie des entreprises devait évoluer autour de la vidéo en particulier ?

Au moment où on se lance vraiment dans la vidéo en 2012, elle ne connait pas l’élan et la dynamique qu’elle a aujourd’hui. C’est plutôt à partir de 2014-2015 qu’elle a pris une place plus importante, notamment avec le lancement de l’auto-play sur Facebook. En quelques mois, on passe d’un réseau social très axé photo à un réseau social qui évolue très vite vers la vidéo. Ça a été un accélérateur pour nous. On a toujours été très pragmatiques dans notre manière d’avancer, en se focalisant sur les usages. On n’a jamais cherché à inventer des choses dans une cave, comme toute startup qui se respecte. J’aimerais pouvoir dire que nous sommes des gens brillants qui avons développé une idée révolutionnaire, mais en vérité c’est grâce au mode agence, en multipliant les échanges avec divers clients et en se rendant compte que les modes de communication changeaient et pointaient vers la vidéo que nous avons mis le doigt sur la problématique de l’autonomie et de l’industrialisation en matière de vidéos.

La grosse problématique était d’intégrer la notion d’échelle. Dans les années 2011-2012, la vidéo était un produit de luxe. C’était très cher, très compliqué à faire, il y avait de nombreuses barrières qui rendaient son accès assez compliqué. Mais on voyait qu’un besoin très fort était en train de naître.

Il y a ensuite eu des opportunités avec certains clients comme JVC. À l’époque JVC a sorti une caméra concurrente à la GoPro. On avait bâti pour eux un plan consistant à donner des caméras à des sportifs de haut niveau et de sortir 200 vidéos dans l’année. On ne s’était pas trop rendu compte du défi et on a dû réfléchir à un système d’industrialisation. C’est à ce moment que l’on a monté un studio à Tunis pour arriver à soutenir le modèle. Il fallait trouver comment faire des vidéos à une plus grande échelle et arriver à gérer plusieurs projets simultanément. La plateforme SaaS a commencé à naitre parce qu’on avait besoin d’un outil qui permettait de gérer des workflows de vidéos et cet outil ne pouvait pas être WeTransfer, Dropbox ou quelque chose d’existant.

 

En 2013, y avait-il déjà la volonté d’utiliser le smartphone ou bien celle de se tourner vers un autre outil pour filmer ? 

C’est vrai qu’on était d’abord partis des Action Cam, puisqu’on avait commencé comme ça avec JVC. Après, il y a eu plusieurs phases. Pour l’anecdote on s’était retrouvés avec Denis (avec qui j’ai développé Voxmedia et fondé EasyMovie) à notre dîner de Noël, le 22 décembre 2012. La veille, il était allé à la fête de fin d’année de ses enfants, où il s’était rendu compte que tous les parents présents filmaient avec leurs portables. C’est là qu’on a pris conscience que la démocratisation de la vidéo via mobile, combinée à notre capacité à industrialiser le montage vidéo, pouvait donner naissance à un nouvel usage.

Fin 2012, les smartphones étaient suffisamment performants pour faire des vidéos intéressantes. Certes ils n’offraient pas la qualité que l’on connaît aujourd’hui, mais finalement, le problème principal de l’époque concernait plus le réseau. On était encore en 2G, à peine en 3G ; faire circuler des vidéos restait compliqué, a fortiori dans un contexte où 80% des forfaits étaient limités à 200 Mo ou 500 Mo de data par mois ! L’enjeu du transfert de fichiers était très important à nos débuts, dans la mesure où nous devions constamment pouvoir gérer dans échanges de fichiers entre nos clients et nos monteurs.

Les barrières techniques étaient importantes, mais l’usage était déjà là. On a clairement fait le pari de la démocratisation de la vidéo à grande échelle dans les entreprises. On savait que la technologie et les réseaux ne feraient que s’améliorer. Depuis le début, notre focus, c’est l’adoption et de comprendre comment créer un nouvel usage dans les entreprises. Car l’usage de la vidéo sur smartphone n’était à l’époque que personnel. Six ans plus tard, on a déjà réalisé une partie significative du chemin, avec 350 entreprises dont les collaborateurs font des vidéos chaque mois.

 

À l’origine l’utilisateur filmait ses projets et les envoyait au studio de montage. Aujourd’hui, une grande partie des montages sont réalisés automatiquement via l’appli. À quel moment s’est effectué le changement et pourquoi ?

En fait il n’y a pas eu vraiment de changement. Il y a toujours eu cette idée d’automatisation des processes au maximum. À l’époque, en 2012, la technologie ne permettait pas vraiment de le faire, ni les habitudes au sein des entreprises, qui passaient systématiquement par des agences et des freelances ; il fallait donc une transition. Leur demander aux entreprises de tout changer d’un coup ne ressemblait pas au rythme qu’elle connaissent en matière de transformation digitale.

L’étape du montage manuel fut très importante et l’est toujours aujourd’hui. Ce sont deux modèles qui sont ultra complémentaires. Demain on peut se dire que 95% des vidéos que nos clients seront réalisées automatiquement via notre application. Aujourd’hui on doit être à 60% je pense, sachant qu’il y a un an on était à 10%. Mais le studio aura toujours des vertus ; soit sur des vidéos un peu complexes, soit pour mettre en place des formats. On a toujours misé sur la complémentarité de ce modèle sauf qu’on est partis d’une situation où les vidéos étaient à 100% faites par des monteurs et à 0% automatisées. Il y a un vrai équilibre dans ce modèle que ce soit pour le client ou pour nous.

 

Comment imagines-tu le déploiement d’EasyMovie dans quelques années ?

D’un point de vue produit il va falloir aller plus loin sur la partie vidéo. Mais finalement là où la plupart des applis se concentrent sur le résultat final d’une vidéo — ce qui est évidemment important et que l’on fait aussi — une grande partie de notre énergie porte surtout sur la complexité du processus de gestion de projet à très grande échelle. Comment gère-t-on des choses aussi bêtes sur le papier qu’une cession de droit à l’image ? À grande échelle et dans un contexte de RGPD, c’est compliqué. Comment gère-t-on des workflows de validation ? Comment gère-t-on les différents niveaux d’utilisateurs d’une entreprise ? Comment fait-on pour qu’en une seconde le logo soit changé dans la charte graphique pour tous les utilisateurs d’un compte, où qu’ils soient dans le monde et sans aucune action de leur part ? Comment automatiser la publication sur l’ensemble des plateformes ? Pour résumer, la vraie question est sans doute de savoir comment on va s’étendre demain au-delà de la vidéo…

La clef est selon nous de s’intégrer dans les écosystèmes des entreprises comme les « outils de gestion du temps », type Outlook et Google Agenda par exemple. Ou bien les autres outils du quotidien des entreprises comme Salesforce, HubSpot. Et bien entendu, il faut pouvoir s’intégrer intelligemment aux outils de publication (Linkedin, Youtube, Workplace, Slack…), qui sont en train de beaucoup changer. On ne peut pas aller loin en étant un outil qui fonctionne dans son coin et qui ne parle pas aux autres outils du quotidien.

Ensuite, côté business, l’avenir passe par le fait d’être adoptés par un maximum de monde et de tenir cette promesse de toucher tous les collaborateurs d’une entreprise, en Europe et aux États-Unis. Il y aura beaucoup d’étapes. Si aujourd’hui nous sommes plutôt bons dans l’utilisation par 3 à 10 personnes, on commence à devenir pas mal sur l’utilisation par plusieurs dizaines de personnes voire plusieurs centaines de personnes. Mais pour atteindre plusieurs milliers d’utilisateurs actifs par mois il va falloir aller encore plus loin dans les mécaniques d’adoption, dans la fluidité du produit, dans le fait de s’interfacer à tous les écosystèmes… et il y a une question de maturité. Comment faire, à travers la communication et le marketing, pour accélérer ce processus d’adoption de la vidéo ? C’est ce double enjeu produit et marketing qui sera crucial pour toucher l’ensemble du marché et devenir un outil du quotidien dans les  grandes entreprises européennes et américaines.

 

Envisages-tu d’ouvrir sur d’autres marchés en plus de la France et des Etats-Unis ?

Oui complètement. En Europe on se demande à quelle vitesse il faut aller. C’est compliqué de se développer dans plusieurs de pays en même temps pour une petite structure. Et d’autre part, on s’aperçoit que, par exemple en Allemagne, on a plusieurs contrats significatifs qui ont tous été gérés depuis la France. Donc à partir de quel moment il faut ouvrir un bureau en Allemagne, un bureau en Angleterre, un bureau en Espagne ? Dans un premier temps, on va sans doute bâtir ce marché depuis Paris et on ouvrira des bureaux dans des pays une fois que l’on aura des indicateurs plus grands. Et puis c’est très facile, en une heure ou deux on est à Londres, à Milan, à Munich, à Barcelone… c’est la grande force de l’Europe.

Cependant, notre focus pour les deux prochaines années, ce sera les États-Unis. Cela fait 3 ans que l’on s’est lancés là-bas. On y est allé petit à petit, on avait besoin d’apprendre beaucoup de choses et de construire une solide équipe de base. C’est aujourd’hui le cas : il y a 6 personnes qui sont vraiment top.

Le bureau est à New York mais nous avons des clients dans tout le pays : en Floride, en Californie, à New York évidemment, dans le Minnesota… C’est assez étendu et c’est aussi une des spécificités américaines. Nous visons l’ouverture d’un bureau en Californie assez rapidement. Il y a énormément de gros acteurs et de plateformes (LinkedIn, Workplace, Twitter, Salesforce, Slack) avec lesquelles il sera important de développer des partenariats dans les années qui viennent.

 

Que retiens-tu de cette aventure ?

On me demande souvent si j’apprécie les différentes étapes passées, si je me rends compte de tout ce qui nous arrive… mais en fait je pense que c’est très difficile de prendre du recul et c’est même dangereux de le faire. On est dans une aventure qui doit grossir tellement vite que si on se déconcentre, si on commence à se regarder faire, il y a un risque de perdre le contrôle des choses.

L’élément le plus important c’est le côté humain qu’apporte une aventure comme celle-ci. On rencontre énormément de gens, on crée des liens très forts avec plein de monde, notamment les équipes, parce que l’on vit tous la même chose. Partager cette progression et avoir autant de choses en commun avec cette aventure qui ne fait que grossir, est un sentiment hyper puissant. Ce que nous avons vécu ensemble au départ avec Denis et que nous développons au quotidien avec Julien est irremplaçable.

Souvent le destin des entreprises comme les nôtres est d’être revendues le plus vite possible à un gros acteur. Aujourd’hui, c’est la dernière chose que l’on vise. On prend tellement de plaisir que c’est impossible de se dire que demain on se réveillerait sans l’énergie que nous transmet cette équipe et en se disant que tout ce qu’on a construit n’est plus là.

 

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